dimanche 21 octobre 2018
vendredi 19 octobre 2018
summum jus summa injuria
Définitions Web
- Poussé jusqu'au bout, le droit peut entraîner les injustices les plus graves.
TEXTE INTÉGRAL
2Mais est-ce la bonne traduction pour notre temps ? Qui parle encore d’anarchie ? De droite et de gauche, tout le monde communie dans l’État de droit-les uns comptant sur le Droit pour refréner l’État, les autres pour le rendre plus audacieux en lui insufflant bonne conscience. Consensus grâce auquel nous sommes inondés de droit.
3Droit est cependant un mot double. Si, d’emblée, il évoque les Codes, les lois, les institutions-ce qu’est le droit objectif dans le vocabulaire des juristes -, tout aussi naturellement il peut être senti par l’individu comme une réalité subjective. J’ai le droit de faire ceci, de ne pas faire cela, c’est le droit subjectif, la marge de manœuvre, le pouvoir que le droit objectif reconnaît à l’individu dans une situation donnée. Or, à l’heure actuelle, la tendance est à subjectiver le droit, à le reconstruire à partir de droits subjectifs. Deux causes ont concouru à cette évolution : la montée de l’individualisme dans les mœurs et des Droits de l’homme dans l’idéologie (les Droits de l’homme, c’est l’aristocratie historique des droits subjectifs). Un exemple récent de l’atomisation du droit : la présomption d’innocence. Elle flottait au-dessus de nous, comme un principe qui n’appartenait à personne en propre. En 1993, le législateur a voulu la fixer dans le Code civil. Comment s’y est-il pris ? Il l’a pulvérisée en droits subjectifs à l’infini. Elle n’est plus désormais que le droit de chacun au respect de la (de sa) présomption d’innocence. Espérons seulement que ce détour obligé par l’individu ne l’aura pas fragilisée.
4Car les droits subjectifs ont les faiblesses de leur facilité. Dans les rapports de droit privé, cette facilité est tenue en bride par l’intérêt pécuniaire : les créanciers veillent, en général, à ne pas laisser se créer de droits, de droits de créance, au-delà de la solvabilité probable des débiteurs. En droit public, le souverain n’est pas arrêté par des bornes semblables. Il ne lui coûte guère de semer dans le système juridique, en faveur d’une classe de ses sujets, les droits subjectifs que lui paraissent commander ses desseins politiques. C’est le même entraînement, bientôt peut-être le même vertige que dans l’émission de papier-monnaie. Mais où est le gage qui garantit l’effectivité du pouvoir d’achat ? Pour remplacer l’encaisse-or de jadis, l’orthodoxie monétaire d’aujourd’hui se contente d’un matelas de traites sur l’avenir, à la limite sur la collectivité des contribuables. Seulement paieront-ils ?
5C’est le genre de question qui vient à l’esprit quand on parcourt la liste des Droits de l’homme dits de la seconde génération, tels qu’ils sont égrenés dans le Préambule de 1946 ou dans des lois spéciales : « Chacun a le droit d’obtenir un emploi », « La Nation garantit à tous les repos et les loisirs », « Le droit au logement est un droit fondamental »… Cela ressemble fort à des droits de créance. Mais de qui contre qui ? De ceux qui n’ont pas contre ceux qui ont ? ou du citoyen contre l’État-providence ? Dans un cas aussi bien que dans l’autre, il faudra mettre en place toute une organisation, des décrets d’application, une procédure. Pour l’emploi, passez par l’ANPE ; pour le logement, attendez les réquisitions. Il y aura des délais surtout. Les délais de la justice, divine ou humaine, désespèrent, exaspèrent les mortels, à proportion de l’exaltation de la promesse. Ce pourrait être un sens de la maxime : les Droits subjectifs qui ont été proclamés de plus haut (summum jus) sont ceux qui engendrent la frustration la plus amère (summa injuria).
6Ces réactions individuelles ont forcément leur prolongement dans le corps social. Le foisonnement des droits subjectifs a eu sa part dans le phénomène global de l’inflation du Droit. Non pas simplement par gonflement du volume, mais par agitation, remous du contenu. L’ego, en entrant dans le système, y introduit ses passions, ses revendications, peut-être l’explosif d’une action en justice. Tous ces droits se bousculent, se disputent, se battent. On peut écouter l’adage dans un écho de chahut : les Droits individuels qui lèvent orgueilleusement la tête (summum jus) disparaîtront dans la nuée, une nuée d’injures et d’injustices (summa injuria). C’est une prophétie moralisante.
mercredi 17 octobre 2018
lundi 8 octobre 2018
"Accumule, puis distribue. Sois la partie du miroir de l'univers la plus dense, la plus utile et la moins apparente."
(René CHAR, Feuillets d'Hypnos)
Armand Robin et l'humanisme
"On supprimera l'Ame
Au nom de la Raison
Puis on supprimera la Raison.
On supprimera la Charité
Au nom de la Justice
Puis on supprimera la Justice.
On supprimera l'Esprit
Au nom de la Matière
Puis on supprimera la Matière.
Au nom de rien on supprimera l'Homme ;
On supprimera le nom de l'Homme ;
Il n'y aura plus de nom.
Nous y sommes
Au nom de la Raison
Puis on supprimera la Raison.
On supprimera la Charité
Au nom de la Justice
Puis on supprimera la Justice.
On supprimera l'Esprit
Au nom de la Matière
Puis on supprimera la Matière.
Au nom de rien on supprimera l'Homme ;
On supprimera le nom de l'Homme ;
Il n'y aura plus de nom.
Nous y sommes
"Il n’est pas pour moi d’occupation plus délicieuse que la culture de la terre ... et pas de culture comparable à celle du jardin ... Mais, bien que je sois un vieil homme, je ne suis qu’un jeune jardinier."
Thomas Jefferson
Thomas Jefferson
dimanche 7 octobre 2018
J'étais allé dormir ailleurs. Le lendemain matin, je les avais trouvés endormis, assis l'un à côté de l'autre, enlacés jusque dans leur sommeil, tout habillés. La tête de Natacha reposait contre le cou de Pierre. Leur visage était apaisé, comme s'ils étaient rentrés au port après une traversée pleine de périls. Je ne crois même pas qu'ils avaient fait l'amour. Et j'avais beau savoir le désastre que cette liaison allait provoquer dans la vie de tous, je me disais que j'aurais tout donné pour, un jour, partager avec un être ce genre d'accomplissement."
Eux sur la photo d'Hélène Gestern Roman épistolaire, roman d'amour, roman policier, roman psychologique, roman sur le secret, roman sur la transmission, roman qu'on ne peut reposer une fois attaqué. Marquant, vraiment!
Allez, c'est dit, j'attaque l'odeur de la for^t pendant que l'homme découvre Boualem Sansal...
Eux sur la photo d'Hélène Gestern Roman épistolaire, roman d'amour, roman policier, roman psychologique, roman sur le secret, roman sur la transmission, roman qu'on ne peut reposer une fois attaqué. Marquant, vraiment!
Allez, c'est dit, j'attaque l'odeur de la for^t pendant que l'homme découvre Boualem Sansal...
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